Le Parasite - Drague & Séduction

A Propos   

avril 19, 2011 at 10:46am
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Le Hipster

Pour quiconque a eu la chance de quitter Paris, y revenir est chaque fois un choc sociétal. Constater chaque fois, mécaniquement, que cette ville pourtant si riche historiquement, devient encore un peu plus le clone de cette boîte à merde qu’est New York.

Figure de proue de ce changement affligeant, les hipsters. Venus des Etats-Unis en passant par Londres, ces imbéciles ont la particularité de se penser à la pointe par la subversion et leur “originalité”. Une originalité qui n’a en fait de traduction réelle que dans un mode de consommation spécifique. Mode de consommation qui, lui, a la spécificité d’être hors de prix, moche, et stéréotypé.

On se retrouve donc avec une horde de gamins, fiers entre eux d’appartenir à une caste de moutons, en brandissant la banderole de la liberté et de l’authenticité. Mêmes coupes de cheveux à la mode nazie (longue mèche, côtés rasés), chemises à carreaux, vélos sans frein, “sneakers” “customisées” mais pourtant vendues en série chez Colette, jeans troués de partout mais vendus 350 euros chez “The Kooples”, tatouages de mauvais goût qu’ils n’assumeront plus dans deux ans, fausse passion pour l’art de rue, fausse passion pour la musique hiphop sans rien y connaître, fausse passion pour l’électro sans pour autant pouvoir en différencier les dizaines de courants internes. Bref, le hipster est une arnarque intégrale, une saloperie de fils de bourge qui me fait à chaque fois rêver d’être quinze ans plus jeune et de les croiser à Gare du Nord.

Mais comme je suis quinze ans plus vieux et n’utilise plus la violence que dans des cas particuliers, je réfléchis. Et là, je me dis que c’est bien tout un système qui produit les moutons à la pelle et les dégueule dans nos rues. Un système qui s’acharne et se déchaîne pour faire passer un courant de tordus comme un courant dominant. Un système qui va de la boîte de nuit qui ordonne aux vigils de privilégier ces sacs à merde, aux marques de vêtements qui frottent leurs mains et font tourner à plein les usines chinoises en décidant le prix à la roulette russe à 5 chiffres, ces mêmes marques qui, sous l’étiquette “Originals”, ou “Live” nous remplacent des stands de bon goût dans par des chiffons destinés à créer des morts-vivants qui se copient entre eux.

Un système qui en tous les cas réussit à merveille son évolution stratégique: créer une génération d’imbéciles absolus, incultes et politiquement stupides; puisqu’on leur a remplacé la nécessité d’être intelligent par une nécessité d’être “original” en adoptant un mode de consommation identifié, comme une carte de membre pour un club bien triste, un club de pauvres voulant se déguiser pour en être, s’endetter pour en être, et où une fois dedans, on fera plus de zèle que le connard qui nous a enrôlé, car ainsi y va du parcours de tout nouveau converti.

Voila ce qui rend Paris et les grandes capitales si merdiques à vivre: la distanciation entre une base saine de travailleurs et d’étudiants, qui créent la richesse de la ville, et l’humanité décadente, sur-visible car sur-exposée par les événements divers, qui vient agresser le passant avec des codes consuméristes discriminants. Moi, je préfère voir toutes les prières dans la rue du monde, toutes les burkas du monde, plutôt que de voir un jeune puceau de 21 ans qui n’existe pas mentalement venir insulter le vrai peuple avec son jean de merde à 400 euros et sa veste moche à 1000 euros.

Mais ne vous inquiétez pas. Dès que le système décidera que la mode consiste désormais à s’habiller en peau de mouton et à porter une svastika et un bonnet d’âne, tous ces pitres s’executeront, parce que se fondre dans la masse par la fausse subversion est tout ce qui nous reste, quand on ne se sent pas exister et qu’on ne sait pas qui on est.

Notes

  1. leparasite a publié ce billet